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mardi 8 avril 2008

Dexter in the Dark



Après Darkly Dreamnig Dexter et Dearly Devoted Dexter, Dexter Morgan est de retour. Ce cher Dexter appartient aux équipes de médecine légale de Miami. Il est spécialisé dans ce qui touche au sang. Il est charmant et a une vie en apparence parfaite. Mais, il y a forcément un mais, c'est un tueur en série. Mais pas n'importe quel "serial killer". Un tueur en série de tueurs en série. Son père adoptif, Harry, a vite détecté la part d'ombre du jeune Dexter et l'a éduqué pour qu'il ne s'en prenne qu'à ceux "qui le méritent" et qu'il ne se fasse pas prendre. Jusqu'à présent, notre héros a donc fait disparaître de la circulation de méchants garçons et filles, guidé par son "passager noir", entité intérieure et mystérieuse qui l'accompagne dans ses forfaits. De temps à autres, celui-ci délivre quelques indices qui permettent de résoudre des affaires criminelles.

Mais lorsqu'après une visite sur une scène de crime, le cher compagnon de Dexter repart dans les limbes, ce dernier se retrouve seul. Seul face à des crimes plus qu'étranges. Seul face à ses obligations familiales de futur marié et de beau-père. Beau-père de charmants enfants traumatisés qui semblent manifester les mêmes dispositions que lui. Désemparé, il est conduit à s'interroger sur l'origine de son mystérieux passager noir.

Si le style de Jeff Lindsay est toujours aussi agréable à lire, je formulerais quelques réserves quant à l'intrigue. Bon, il y a le quota de cadavres requis, mais l'introduction d'une dimension surnaturelle me semble contestable. Jusqu'à présent, Dexter était un monstre à visage humain. Sympathique, certes, mais un monstre psychopathe humain. Là, l'ajout d'une dimension paranormale l'arrache quelque peu à son humanité pour en faire une sorte d'hôte, jouet de quelque chose qui le dépasse. Ses investigations en tant que "pauvre être humain" se révèlent attachantes, et ses péripéties en tant que mentor des jeunes Astor et Cody prêtent à sourire, mais à mon sens, la magie de la plume opère de manière moins pleine que dans les deux premiers ouvrages. Et les retrouvailles finales entre le tueur charmant et son sombre passager se révèlent plus que téléphonées.

J'ai la sensation qu'il vaut mieux que Dexter achève là ses aventures.

mercredi 2 avril 2008

Ouvre-toi !



Seize auteurs se partagent ici la plume pour des nouvelles débutant par "Ouvre-toi" ou la classique formule "Sésame, ouvre-toi". La production est inégale, mais l'ensemble reste de bonne qualité.

SALVI Nathalie, Réhabilitation, pp. 11-17
Un petit enfant, grand amateur d'histoires, finit par perdre le goût du fantastique lors de son entrée à l'école. Les portes de l'imaginaire lui seront-elles fermées à jamais ?
C'est "mignon" (sans dépréciation aucune), et la plume légère renvoie aux contes de l'enfance. Court et agréable à lire.

DAU Nathalie, Le Goût du miel, pp. 19-31
Guillaume a toujours mangé du miel pour son goûter. Même durant son enfance, pendant la guerre. Mais de puis qu'une étrange petite fille séjourne dans la bergerie d'à-côté, plus moyen d'ouvrir un seul pot. Guillaume se retrouve alors face à ses souvenirs.
Une petite madeleine version apicole. Le texte s'apprécie comme une histoire au coin du feu. Il ne manque que le bois qui craque.

LENCOU Antoine, Ah, la porte !, pp. 33-47
Dans un monde futuriste, une famille doit se plier aux exigences de machines étant pourtant à leur service.
Là bof. Ce n'est pas mal écrit, mais le propos est tellement peu original et le fil narratif tellement épais que ça se lit, sans plus.

HENRY Loïc, Les Graines perdues, pp. 49-62
Une équipe représentant les 4 langues dominantes de la planète est réunie et envoyée pour étudier un étrange objet venu du cosmos. Ainsi que ses occupants.
Belle histoire. Triste. Sans déflorer l'intrigue, je me contenterais de dire que cela donne envie de cultiver les graines perdues. Ce qui atteste de la réussite de l'auteur.

LI-CAM, La Petite fille au coeur de marbre, pp. 63-72
La petite Clara est prisonnière d'une tour austère. Mais au fil des jours, des phénomènes étranges se produisent.
Si la chute se laisse entrevoir très tôt, le texte se parcourt sans déplaisir aucun.

GONGA Saholy, Les Larmes rouges, pp. 73-97
Dinah mène une vie dissolue. Si ses journées sont peuplées de volupté, ses nuits sont hantées par un cauchemar récurrent.
Heu, lapin compris. Le style est assez heurté. Si cela colle assez à la narration, la lecture en est affectée. Et j'avoue ne pas comprendre la pertinence des extraits de journaux relatifs à des faits divers d'esclavage moderne.

LORENJY Don, Suzanne on line, pp. 99-105
La pieuse Suzanne est dérangée en pleine prière par une voix bizarre dans sa tête.
Le propos est assez drôle, mais la nouvelle est assez pénible à lire, de par le style heurté. A parcourir d'un oeil distrait.

CLUZEAU Nicolas, Tsuyan, pp. 107-135
Au coeur de la Taïga, la jeune Tsuyan se bat pour tirer son époux des griffes des démons.
La perle du recueil. Un style très fluide mis au service d'une histoire ciselée. A lire prestement.

NOIREZ Jérome, L'Apocalypse selon Huxley, pp. 137-152
Les péripéties de trois copains junkie.
Faute de goût. C'est tout ce qui me vient à l'esprit. Je n'ai jamais été convaincu par les récits dans l'esprit "la drogue, c'est trop d'la balle" et celui-ci ne fera pas exception. Bof quoi.

FONTAYNE Michaël, Miroitements, pp. 153-166
Anna Level est amnésique suite à un accident. Il lui faut retrouver ses souvenirs. Mais le monde autour d'elle est assez étrange.
J'ai apprécié cette nouvelle, basculant de l'autre côté du miroir. La construction est intéressante, ainsi que le style.

REY Timothée, Jassîm Ibn Menollah, pp. 167-185
Ledit Jassîm, chef des quarante voleurs du conte, est victime des errements de la porte de la fameuse caverne.
L'histoire est drôle et la plume légère et enlevée. Un texte des plus agréables à parcourir.

LE BERRE Fred, Cinq fois, pp. 187-197
Un soldat s'éprend d'une réfugié qu'il est chargé de surveiller et de maltraiter à l'envi.
Pas désagréable, mais rien d'exceptionnel non plus. Vite lu, mais vite oublié également.

GALEAZZI Livia, L'Autre, pp. 199-225
La petite Lisa se réveille sans aucun souvenir. Une fois son corps guéri, elle est confiée à Angéla, jusqu'à ce que des hommes mystérieux ne finissent par la kidnapper.
Le thème est des plus intéressants mais aurait pu davantage se déployer dans un format plus long. La nouvelle constitue en somme la conclusion d'un récit plus ample.

HAUCHECORNE Anthelme, Logique d'ensemble, pp. 227-242
Le parachute du soldat Jeremy Sivitz refuse de s'ouvrir en plein ciel, ce qui est assez fâcheux. Le sort s'acharne décidément contre lui.
Le texte est enjoué et prête à sourire. Intéressant.

CAMILLE Marie-Lé, Le Temps de l'exil, pp. 243-250
La Terre est condamnée. Aussi les humains sont-ils envoyés au fil du temps, afin de bâtir des colonies et d'éventuellement éviter la catastrophe du moment.
Le thème est intéressant mais n'est pas exploité. De plus, le message distillé par les protagonistes, à savoir l'exploration spatiale est le seul moyen d'éviter l'extinction de l'humanité est sujet à caution, même si les remarques formulées à l'encontre des détracteurs de la recherche fondamentale semblent très actuelles.

GEORGE Chloé, Dans le noir, pp. 251-261
Une petite fille est enfermée par son père dans la cave de la maison, là où tout est noir.
Un texte assez prévisible, qui conclut le recueil.

EDIT : je me disais bien qu'il manquait quelque chose à cette note : un vague commentaire de l'ensemble du recueil. Dans l'ensemble, ce n'est pas mal. D'après les indications en fin d'ouvrage, 111 nouvelles ont été lues avant composition du recueil. Je ne sais pas si ce sont réellement les "meilleures" qui figurent dans l'ouvrage, mais j'avoue que j'en enlèverais bien certaines.
Hormis dans les nouvelles proprement et lapidairement dézinguées dans les compte-rendus, les thèmes du passage et de la découverte de l'inconnu symbolisés par la thématique de la porte sont assez justement exploités. La surprise est même au rendez-vous dans une poignée d'écrits.
Je sais, je critique, mais je n'ai qu'à produire une nouvelle sur le même thème. C'est une idée, je la mets sur la pile de mes trucs à faire.

dimanche 23 décembre 2007

Appel d'air



Pour les interviews des auteurs : ActuSF
Pour une chronique de l'ami Nébal : Nébalia

Cet ouvrage a été acheté parmi beaucoup d'autres au stand de la librairie Trollune lors de la soirée Nébuleuse (pour avoir une idée de l'ambiance, ça se passe ici). Trente auteurs se sont livrés à l'exercice de l'écriture d'une courte nouvelle inspirée par l'élection de Nicolas Sarkozy.
Comme on s'en doute, le propos est loin d'être hagiographique, ce qui irait de prime abord dans la droite ligne de mes idées et convictions.
Cependant, à mon sens, il ne sert à rien de se laisser aveugler par le ressentiment et l'amertume. Cela soulage de cracher son venin, mais mis à part se faire plaisir, on ne va pas loin. Et c'est justement ce que je reproche à ce recueil. Le fond est souvent intéressant, la forme rarement pertinente. Et certains textes sont même honteux. Honteux car dégoulinants de fiel. Honteux car contre-productifs au dernier degré. L'adversaire désigné aura beau jeu de se poser en victime et de décrédibiliser ces attaques ad hominem.
Mais des histoires font mouche. Et parmi celles-ci, il me semble inconcevable de passer sous silence l'oeuvre d'Ugo Bellagamba, Le Suicide de la démocratie. Cette allégorie illustre de manière juste la situation actuelle et est mise en valeur par la plume de l'auteur. La tristesse dont le récit est empreint se communique au lecteur et lui inspire une certaine colère face à l'inertie politique actuelle.

En résumé, les "short stories" sont très inégales et les auteurs les plus reconnus ne sortent pas forcément grandis de l'exercice, réalisé, semble-t-il, dans la précipitation et davantage porté par l'émotion que par la réflexion. Pour moi, ce recueil n'est pas fini. A chacun de le recomposer, de retirer les textes les plus inappropriés et de se livrer au même travail d'écriture.